Qui est Clavicular, l’influenceur masculiniste du looksmaxxing qui a tenté de conquérir Paris ?

Qui est Clavicular, l’influenceur masculiniste du looksmaxxing qui a tenté de conquérir Paris ?

Influenceur. Son nom est Clavicular. En l’espace d’un an, ce jeune Américain de 20 ans est devenu l’un des influenceurs masculinistes les plus suivis au monde. Plus d’un million d’abonnés sur TikTok, près de 400.000 sur Kick, un portrait dans le New York Times, un classement parmi les influenceurs les plus influents du monde selon GQ, un documentaire en cours de production chez Hulu.

Et en juin 2026, un passage à Paris, durant la Fête de la Musique et la Fashion Week, qui a mis son nom sur toutes les lèvres françaises. Retour sur l’ascension d’un personnage qui dit beaucoup sur les mécanismes des plateformes et sur la montée du masculinisme en ligne.

Clavicular : qui est-il vraiment ?

Clavicular s’appelle en réalité Braden Eric Peters. Il est né le 17 décembre 2005 dans le New Jersey. Son pseudonyme vient directement du mouvement looksmaxxing, la clavicule y est considérée comme l’un des marqueurs physiques de l’attractivité masculine idéale.

Comme beaucoup d’adolescents, il commence par s’interroger sur son apparence. À 15 ans, il découvre Looksmax.org, un forum où des utilisateurs théorisent la beauté masculine à travers des critères physiques très précis : largeur de la clavicule, forme de la mâchoire, distance entre les yeux. Ce qui pourrait ressembler à une préoccupation ordinaire va rapidement virer à l’extrême.

Dans la presse américaine, Clavicular est décrit comme un « looksmaxxer », une personne qui a consacré sa vie entière à l’optimisation de son apparence physique. Il commence à prendre des stéroïdes dès l’adolescence, au point de se déclarer stérile. Il sera renvoyé de son université après qu’on en retrouve dans ses affaires. Il se filme également en train de se donner des coups de marteau sur la mâchoire pour lui donner une forme plus carrée, une pratique qu’il est loin d’avoir inventée, mais qu’il contribue largement à populariser.

Son premier contenu TikTok date d’avril 2025 : un simple selfie devant son miroir. En quelques mois, ses vidéos, provocatrices, clivantes, très commentées, explosent. L’algorithme, friand d’engagement, propulse ses contenus auprès d’audiences très jeunes. Il développe notamment un format récurrent : le « mog », qui consiste à apparaître à l’écran aux côtés d’autres personnes pour démontrer sa supériorité physique. Ce qui commence entre amis bascule, sur Kick où il se lance en live, vers quelque chose de plus systématiquement problématique.

C’est quoi le looksmaxxing, le mouvement derrière Clavicular ?

Pour comprendre Clavicular, il faut comprendre le looksmaxxing. Le terme, qui signifie littéralement « maximisation de l’apparence », est apparu sur des forums masculins au début des années 2010 avant d’être popularisé sur TikTok dans les années 2020. Selon les données de TikTok, les recherches liées au looksmaxxing atteignaient 1,9 million par jour en mars 2026, avant que la plateforme ne décide de les restreindre en avril.

En surface, le looksmaxxing ressemble à du développement personnel : mieux se coiffer, aller à la salle, prendre soin de sa peau. C’est ce que les adeptes appellent le « softmaxxing ». Mais le mouvement comporte une face bien plus sombre, le « hardmaxxing », qui pousse vers des pratiques dangereuses : automutilation, stéroïdes, chirurgie osseuse, et dans le cas de Clavicular, l’usage de méthamphétamine comme coupe-faim.

Le looksmaxxing est étroitement lié à la manosphère et aux communautés incel, ces hommes qui attribuent leurs difficultés relationnelles non pas à leur propre comportement, mais aux femmes en général. Ses adeptes partagent généralement une vision très dégradante des femmes, jugées superficielles et uniquement attirées par des « hommes de haute valeur ». Le mouvement encourage également les personnes de couleur à chercher à blanchir leur apparence, une dimension raciste documentée par plusieurs chercheurs.

Une étude publiée par l’European Journal on Criminal Policy and Research montre que ce type de contenu circule librement sur TikTok en utilisant un langage codé échappant aux filtres de modération. D’autres travaux indiquent que chez les jeunes hommes de 15 à 23 ans, ces influenceurs les poussent à des comportements dangereux pour atteindre une morphologie jugée idéale.

Clavicular à Paris : l’échec qui l’a rendu encore plus célèbre

C’est son passage à Paris qui a fait connaître Clavicular au grand public français. Le week-end du 21 juin 2026, il débarque dans le Marais pendant la Fête de la Musique pour réaliser ses lives habituels : se promener dans la rue et aborder des femmes en direct devant sa communauté. Résultat : un fiasco retentissant. Les Parisiennes l’ont ignoré, rembarré, et dans un cas, lui ont lancé des projectiles. Il s’est fait voler son béret en direct et a été chassé d’un bar.

Sa réaction a été fidèle à son personnage: il a qualifié les Français d’« imbéciles impolis », prétendu que les femmes qui le rejetaient « devaient être lesbiennes », et déclaré sur X avoir « conquis la France plus vite que Napoléon ». Quelques jours plus tard, il défilait à la Fashion Week de Paris.

Loin de nuire à sa notoriété, cet épisode lui a permis de toucher un public entièrement nouveau. Les extraits de ses échecs ont envahi les réseaux sociaux, générant des millions de vues supplémentaires. Pour Clavicular, chaque polémique est une opportunité de croissance.

Les dérives de Clavicular : un casier qui s’allonge

Au-delà du looksmaxxing et du masculinisme, Clavicular accumule les incidents graves, presque tous commis en direct devant sa communauté.

Il a été banni de YouTube pour avoir partagé des liens permettant de se procurer des substances illicites. Il a réalisé en live sur Kick des injections sur le visage de sa petite amie, âgée de 17 ans, pour lui « façonner le visage parfait ». En décembre 2025, il a percuté avec sa Tesla un homme qui le traquait en streaming. En mars 2026, il a tiré 25 fois sur un alligator dans les Everglades en Floride, en direct, alors que la pratique est illégale et passible de cinq ans de prison. Il s’en est tiré avec six mois de mise à l’épreuve et 20 heures de travaux d’intérêt général que les autorités ont précisé ne pouvoir « être ni diffusés en streaming ni monétisés ». En avril 2026, il s’est évanoui en plein live, une overdose étant suspectée.

Chaque épisode alimente les médias, génère des millions de vues, et renforce sa notoriété. Selon le New York Times, ses lives sur Kick lui rapportent jusqu’à 100.000 dollars par mois. Il commercialise également des formations au looksmaxxing et organise des événements en présentiel.

Pourquoi Clavicular est un symptôme, pas seulement un problème

En France, le phénomène est loin d’être anecdotique. Selon un rapport du Sénat publié en juin 2026, deux jeunes hommes sur trois âgés de 16 à 24 ans connaissent aujourd’hui un influenceur masculiniste. Clavicular en est l’incarnation la plus visible à l’international.

Mais il serait trop simple de tout réduire à la personnalité de Braden Peters. Ce qui est en jeu, c’est la mécanique même des plateformes. TikTok, Kick et YouTube ont récompensé ses contenus parce qu’ils généraient de l’engagement, des partages et des commentaires. Les sujets clivants — beauté, séduction, rapports entre hommes et femmes — font précisément partie des thématiques que les algorithmes propulsent auprès des jeunes audiences. Sa chaîne YouTube a certes été bannie. Mais sa communauté est ailleurs et continue de grossir.

Clavicular n’est probablement pas le problème. Il est le symptôme d’un internet qui récompense les contenus les plus extrêmes, et d’un secteur qui n’a toujours pas trouvé comment mettre en place des garde-fous efficaces face à des profils qui ont appris à jouer avec les règles aussi bien qu’avec les algorithmes.

Images ©Les Gens d’Internet

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