Le faux enlèvement d’Albert: comment Cyril Schreiner a trompé sa communauté

Le faux enlèvement d’Albert: comment Cyril Schreiner a trompé sa communauté

Créateur.  En janvier 2026, une histoire a profondément marqué les réseaux sociaux. Celle de Cyril Schreiner, influenceur bien connu sur TikTok et Snapchat, et de son chien Albert, présenté comme victime d’un enlèvement. Pendant près de dix jours, des millions d’internautes ont suivi, inquiets, les rebondissements de cette affaire, relayée massivement sur TikTok, Snapchat et Instagram.

Mais derrière ce récit anxiogène et émotionnel se cachait une réalité bien différente. Tout était faux. Retour sur une mise en scène minutieusement orchestrée, qui pose une nouvelle fois la question des limites du storytelling sur les réseaux sociaux. Vous pouvez également découvrir cette analyse en vidéo, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Cyril Schreiner et Albert, une histoire qui capte immédiatement l’attention

En 2026, capter l’attention sur les plateformes sociales est devenu un défi permanent. L’algorithme favorise les contenus clivants, chargés d’émotion, et les créateurs sont nombreux à l’avoir compris. Le drame, la peur ou l’indignation sont devenus des leviers puissants pour générer de la visibilité. C’est dans ce contexte qu’émerge l’histoire de la disparition d’Albert, le chien de Cyril Schreiner. Un récit qui coche toutes les cases : un animal adoré, un maître en détresse, une situation mystérieuse et un danger imminent.

Cyril Schreiner est loin d’être un inconnu. Présent sur les réseaux sociaux depuis près d’une décennie, il s’est construit une communauté fidèle grâce à des vidéos humoristiques et des mises en scène reconnaissables, souvent ponctuées de son accent alsacien devenu sa signature.

En 2018, un élément change durablement la nature de son contenu, l’arrivée d’Albert, un carlin français. Le chien devient rapidement un personnage central de ses vidéos. Plus qu’un simple animal de compagnie, Albert est intégré au storytelling de Cyril, apparaissant dans de nombreuses mises en scène qui participent largement à la popularité du créateur.

Le 20 janvier 2026, Cyril publie une vidéo qui tranche radicalement avec son ton habituel. On le voit en larmes, visiblement choqué, répétant une phrase énigmatique : « Ils l’ont pris ». En arrière-plan, ce qui ressemble à un gyrophare de police renforce l’atmosphère dramatique. Aucune explication claire n’est donnée, mais les commentaires ne tardent pas à affluer. Pour la majorité des abonnés, le message est limpide. Albert a disparu. Le lendemain, une nouvelle image est publiée, confirmant explicitement l’enlèvement du chien. L’inquiétude se propage rapidement sur TikTok, Snapchat et Instagram.

L’histoire bien rodée de Cyril Schreiner

Très vite, Cyril adopte une stratégie de diffusion bien rodée. Sur TikTok, il publie une vidéo de plus de trois minutes dans laquelle il donne davantage de détails sur la disparition. Mais pour accéder à l’intégralité des informations, il redirige sa communauté vers Snapchat.

Sur Snap, il partage ce qu’il présente comme des images de vidéosurveillance, montrant les supposés ravisseurs d’Albert. Ces contenus, parfois longs de plusieurs minutes, renforcent l’illusion de réalité. La mécanique fonctionne. Une des vidéos TikTok dépasse les 10 millions de vues, générant un afflux massif d’abonnés vers son compte Snapchat. Les contenus s’enchaînent.

L’affaire prend une tournure encore plus étrange lorsque Cyril partage le compte TikTok d’une personne publiant des vidéos d’Albert. On y voit le chien apparaître régulièrement, parfois accompagné du visage supposé de son ravisseur. Puis, l’influenceur affirme avoir retrouvé l’adresse du ravisseur et se rend sur place, caméra allumée. Ça y est, il a retrouvé Albert.

Mais toute cette histoire est loin d’être terminée. Comme il ne se sent pas en sécurité chez lui, il décide de déménager chez son ravisseur. Un matin, il lui fait même son petit-déjeuner.

Dix jours de storytelling… avant la révélation

Après près de dix jours de publications quasi quotidiennes, Cyril finit par publier une longue vidéo sur Snapchat, le 9 février 2026. Cette fois, il ne s’agit plus d’un nouvel indice, mais d’un aveu. Albert n’a jamais été enlevé. Toute l’histoire était inventée.

Dans sa vidéo, Cyril explique traverser une période de doute. Il confie avoir perdu le plaisir de créer, se sentir isolé et avoir eu besoin de se réinventer. Son objectif, selon lui, n’était pas de nuire, mais de raconter une histoire. Il affirme avoir voulu tester une nouvelle forme de narration, plus immersive, en impliquant sa communauté sur plusieurs plateformes.

Pour de nombreux internautes, cette justification ne convainc pas. Sur TikTok, plusieurs créateurs s’amusent à estimer les revenus générés par l’opération, en se basant sur les vues Snapchat, où le RPM (revenu pour 1 000 vues) est nettement plus élevé que sur TikTok. Selon certaines estimations, Cyril aurait pu générer plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros grâce à cette mise en scène. Cyril se défend en affirmant que les sommes récoltées, qu’il qualifie de « quelques centaines d’euros », seront reversées à une association de protection animale.

Au-delà de ses abonnés, l’association You Care a également décidé de réagir à la situation. Elle a publié une publication sur Instagram pour expliquer déposer plainte. « Aujourd’hui nous avons mandaté nos avocats pour saisir le Procureur de la République. Notre objectif est clair : faire condamner cette Pratique Commerciale Trompeuse et mettre un terme au détournement lucratif de la cause animale », peut-on ainsi lire.

L’affaire Cyril Schreiner pose une question centrale : jusqu’où peut-on aller pour capter l’attention ? Sur des plateformes où la concurrence est extrême, la tentation du drama est forte. Mais à force de brouiller la frontière entre fiction et réalité, certains créateurs prennent le risque de briser la confiance de leur audience. Dans le cas présent, l’histoire d’Albert n’était pas qu’un divertissement. Elle reposait sur une peur universelle, celle de perdre un être cher, et a mobilisé une empathie réelle.

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