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Comment le SCRP compte valoriser l’influence responsable en 2026

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Influence marketing. Au début de l’année 2026, les rangs du SCRP (Syndicat du Conseil en Relations Publics ) ont intégré une nouvelle membre, Charlotte Caron, Directrice conseil de chez Wellcom. Elle a rejoint la Commission Influence du SCRP pour soutenir les agences conseil en RP & influence en France, et partager leur vision au plus grand nombre.

L’une des mission est de faire porter la voix du syndicat sur les sujets d’influence responsable, via notamment le e-label ACIR (agence conseil en influence responsable) qui s’inscrit dans la continuité de la Charte de la relation influenceurs signée en 2020 (et soutenue par l’ARPP). Il s’appuie sur des positions fortes en matière de conseil, de transparence, d’intégrité, de conformité et de mesure ou encore de la formation « Relations marques influenceurs » créée en 2023 avec l’AACC. Depuis sa création en 2023, 26 agences sont e-labelisées.

Pour mieux comprendre les enjeux du SCRP sur les sujets liés à l’influence, Les Gens d’Internet leur ont posé quelques questions.

LGI: Quelle est votre feuille de route concernant les sujets d’influence pour 2026 ?

Anne-Mareille Dubois, déléguée générale du SCRP: Nous poursuivons la feuille de route engagée depuis plusieurs années. Nos objectifs s’articulent autour de trois grands piliers afin d’accompagner au mieux nos agences membres dans un marché de l’influence en pleine structuration et en constante évolution.

Nous souhaitons être force de proposition dans les débats en cours, notamment à la suite du rapport Delaporte-Vojetta remis au Gouvernement le 13 janvier dernier. Plusieurs chantiers sont actuellement ouverts: l’actualisation du guide Bercy, l’élaboration d’une charte de l’influence publique ou encore les réflexions autour du cadre du registre des agents.

Ces travaux s’inscrivent dans une volonté plus large de structuration de la filière, en co-construction avec les autres parties prenantes de l’écosystème (UMICC, ARPP, Union des marques…). Nous sommes convaincus que c’est en travaillant collectivement que nous pourrons faire évoluer les pratiques et apporter de la clarté au marché.

Nous développons également des outils très opérationnels pour accompagner nos agences dans leur pratique quotidienne. Nous allons notamment publier un guide pratique des « DOs & DON’Ts », destiné à clarifier les règles applicables sur des sujets concrets comme le gifting, les relations contractuelles avec les créateurs ou encore les obligations de transparence des contenus.

Au-delà de l’accompagnement, notre ambition est aussi de contribuer à structurer durablement le marché de l’influence en installant des standards professionnels exigeants, reconnus par l’ensemble de l’écosystème : en faisant la promotion du e-Label « Agence Conseil en Influence Responsable » (ACIR) et en installant le « Référentiel de la mesure des relations influenceurs » comme une norme incontournable.

Quels sont les sujets prioritaires à aborder en 2026 selon vous ?

Selon nous, deux priorités se dégagent cette année pour le secteur de l’influence :

Le premier concerne l’encadrement déontologique strict des acteurs. Le rapport parlementaire remis en janvier dernier vient conforter une conviction que le SCRP porte depuis plusieurs années : la nécessité d’interdire les « doubles casquettes ». Ce principe figurait déjà dès 2020 dans notre Charte de la relation influenceurs. Il a été partiellement consacré dans la loi du 9 juin 2023 à travers la notion de conflits d’intérêts, et il est désormais recommandé explicitement dans le rapport parlementaire.  Il est en effet essentiel de distinguer clairement les fonctions de conseil aux marques et celles de représentation des créateurs. Une même structure ne peut pas être à la fois conseil d’une marque et agent d’un influenceur : cela crée des situations de conflits d’intérêts évidentes et fragilise la confiance dans l’écosystème.

Le second point porte sur la pédagogie autour de la frontière entre paid et earned. C’est le cœur de notre métier. Il faut qualifier précisément la nature de la relation entre une marque et un influenceur. S’il y a une relation commerciale (avec une contrepartie), cela nécessite une contractualisation et une transparence immédiate. À l’inverse, dans une relation non commerciale (earned), nous sommes les garants d’une approche fondée sur la liberté éditoriale du créateur, qui est un principe fondamental. Cette frontière ne doit souffrir d’aucune ambiguïté.

Pourquoi souhaitez-vous faire davantage porter votre voix sur les sujets liés à l’influence ?

Les agences conseil en relations publics sont en première ligne car elles jouent un rôle d’intermédiaires structurants et responsables. Pourtant leur voix restent encore insuffisamment entendues dans les débats publics.

Nos agences accompagnent les marques dans la conception et le déploiement des campagnes d’influence, tout en veillant à leur cohérence globale et en anticipant les risques réputationnels, Leur rôle est précisément d’apporter un cadre professionnel et déontologique à ces pratiques.

Comme nous vous l’avons mentionné plus tôt, le SCRP a dès 2020,  posé des principes fondateurs avec sa charte des relations influenceurs, cosignée avec le Synap et soutenue par l’ARPP. Cette charte repose notamment sur plusieurs engagements structurants :

Aujourd’hui, la  voix du SCRP porte une vision exigeante et transparente de l’influence. Cette approche contribue à renforcer la confiance dans l’écosystème et participe à la protection des publics comme des marques. C’est cette voie, fondée sur la responsabilité et la professionnalisation du secteur, que nous souhaitons rendre plus visible.

Avez-vous également des sujets liés plus largement aux réseaux sociaux ?

Les débats autour des réseaux sociaux sont aujourd’hui très présents dans l’espace public et au Parlement. On le voit par exemple avec les discussions récentes, en France et au-delà, sur l’accès des mineurs aux plateformes.

Pour autant, ces sujets dépassent largement le seul périmètre professionnel de notre secteur. Ils relèvent de choix sociétaux et de débats démocratiques qui concernent l’ensemble des citoyens, des pouvoirs publics, des plateformes et de la société civile.

Humblement, nous considérons que le rôle du SCRP, en tant que syndicat professionnel, n’est pas de se prononcer sur l’ensemble de ces enjeux. Notre responsabilité est plus précisément de contribuer à structurer et réguler les pratiques professionnelles de l’influence et des relations publics, en promouvant des standards déontologiques exigeants et des règles claires pour les acteurs du marché.

C’est sur ce terrain, celui de la responsabilité des pratiques métiers, que nous estimons pouvoir apporter une contribution utile au débat.

Au niveau des autres commissions, quelles sont vos priorités pour 2026 ?

Au-delà de la commission Influence, trois autres commissions structurent les travaux du SCRP. Elles sont étroitement liées à ces enjeux car elles participent toutes, à leur manière, à une meilleure compréhension des mécanismes de communication dans notre société.

Le SCRP s’engage activement dans la formation des jeunes à la lecture critique des messages et des dispositifs d’influence. En mars 2026, nous interviendrons pour la première fois dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias dans l’école, en partenariat avec le CLEMI. Le SCRP animera à cette occasion une rencontre avec des enseignants afin d’apporter des clés de compréhension sur le fonctionnement de l’écosystème informationnel numérique : comment circulent les contenus sur les plateformes, pourquoi certains deviennent viraux et comment distinguer information, communication, publicité ou opinion.  Cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large : contribuer à développer une culture citoyenne de la communication, indispensable dans un environnement médiatique et numérique de plus en plus complexe.

Nous portons une conviction : l’influence et les relations publics ont un rôle structurant à jouer dans les grandes transitions économiques, sociales ou sociétales. Nos métiers ne se limitent pas à amplifier des messages : ils organisent la conversation, donnent de la lisibilité aux engagements, facilitent la participation des parties prenantes. Dans un monde d’information fragmentée, cette fonction est stratégique  et éminemment sociétale. Assumer ce rôle suppose une exigence de cohérence. Les acteurs du conseil en relations publics ne peuvent accompagner les transitions sans formaliser leurs propres engagements : renforcer leurs pratiques, réduire leur empreinte, former leurs équipes, intégrer l’éthique et la déontologie au cœur de leurs méthodes. Dans ce cadre, nous avons travaillé à une politique RSE sectorielle, définissant les contours et les priorités RSE pour nos entreprises.

Les IA génératives (certains privilégient désormais le terme de LLM pour accentuer la réalité conversationnelle) sont en train de devenir un super-influenceur. Elles ne se contentent pas de relayer des messages : elles sélectionnent, hiérarchisent et synthétisent. Dans ce nouveau paysage, la visibilité d’une marque ou d’un discours dépend de sa crédibilité perçue par la machine. L’enjeu n’est plus seulement technologique : il est stratégique. Le 20 mars prochain, nous organisons notre conférence annuelle – le PR Lab – à cet enjeu : L’influence & les relations publics doivent piloter la cohérence, la lisibilité et la légitimité des organisations dans les réponses des IA.

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